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Smash 137

Adrian Smash137 Falkner / 1979 / Liestal / Suisse

ll y eut un temps où il n’avait ni nom ni visage, dissimulé par un masque le protégeant des odeurs du spray. Un temps où, au début des années 1990, Smash137, tout juste 11 ans, laissait déjà son inspiration courir le long des murs menant à la gare de Bâle. Être convoqué sur le banc des accusés ne l’a pas découragé. Non ! Pas plus que les sermons du juge qui lui signifiait: "Je pourrais avoir Dalí ou Picasso devant moi, c’est pareil, ça serait aussi illégal." Le Bâlois de 34 ans le souffle à demi-mot mais sans crainte : la rue, il y a encore ses habitudes en Suisse comme à Barcelone, à New York, à Rio ou à Berlin. Avec ou sans autorisation, mais de préférence sans, c’est une part de lui, c’est là que son écriture distordant les formes s’est imposée comme un style, comme un renouvellement du graffiti lettre, comme un virus qui a envoûté une scène suisse très vivante, très dense aussi. "Quand j’ai commencé, en 1990, la scène graffiti suisse avait déjà une dizaine d’années, avec un centre névralgique à Bâle, où les murs sont plus longs qu’ailleurs. Je n’en ai jamais vu de pareils. Conscients de cette singularité, on a aussi voulu faire grand et beau, en créant chacun des pièces monumentales, des chefs-d’oeuvre. La gare de Bâle, oui... c’est un peu mon musée."

Sans révolte aucune la volte-face a pourtant eu lieu. Elle se lit dans une frénésie de plus en plus abstraite et dans la mise au point d’une méthode proche du dripping de Jackson Pollock. Une évolution naturelle plus qu’une trahison, un renouvellement plus qu’un repentir après avoir connu l’exil artistique en 2006, Smash sort de la clandestinité par une invitation signée à Art Basel 2009. "Jamais je ne me suis emparé de l’espace public dans un esprit de rébellion contre quoi que ce soit, ni avec l’envie de vandaliser, de salir ou de détruire. Au contraire, je peins dans une dynamique positive. Et dans ma tête de gamin, il me paraissait tout à fait normal de le faire dans mon environnement immédiat. Alors peu importe leur biotope, le mur ou la toile, mes oeuvres parlent de peinture. Que de peinture… C’est pour ça que je ne me définis jamais en tant que graffeur. Trop de légendes urbaines ont dénaturé le terme, il ne me correspond pas."


Et pourtant, le pseudo du graffeur le plus connu de Suisse suit à la lettre la nomenclature historique du mouvement né à New York dans les années 60-70. "C’est vrai que les graffeurs s’identifiaient par un pseudo suivi du numéro de leur rue. Pour moi, c’est un peu différent ; si j’ai misé sur 137, c’est parce que j’imaginais bien que plusieurs Smash étaient déjà en activité. D’ailleurs, il y en a deux à Berlin et quatre à New York." Son nom d’artiste, le Bâlois l’attribue à une culture, celle d’une génération qui a grandi entre les héros de BD et les superhéros plus qu’à la nécessité de se cacher derrière un masque. Même si… il y a quelques années encore, Smash137 clamait: "Je veux rester anonyme ! " Aujourd’hui, le graffeur signe ses toiles de son vrai nom.

Un grand écart, franchir le gué qui sépare la rue du marché de l’art n’a pas été si évident. Indépendant même parmi les siens, l’artiste
qui se méfie du diktat des catégories toutes faites a mis le temps pour accepter les règles d’une économie. De ses atouts comme de ses platitudes : "Depuis que mes oeuvres ont un prix, les gens les considèrent différemment. Pour moi, il n’y a qu’une différence : en extérieur, je mets en moyenne six heures pour créer alors qu’en atelier il me faut trois jours."

Sa première exposition, une collective,  Adrian Falkner aka Smash137 la doit à un cadre bancaire frustré de ne pas trouver dans une galerie ses références de trentenaire ayant grandi avec des graffitis dans son paysage urbain. "C’est l’histoire d’un amateur d’art qui se découvre au moment où il a eu envie de troquer ses posters pour des oeuvres. Mais ce que les galeries lui présentaient ne le séduisait pas, jusqu’à ce qu’il suggère à un marchand d’accrocher l’art de la rue à ses cimaises. C’est un art générationnel, un art qui se fait sur la place publique avec un certain respect, c’est-à-dire pas n’importe où. Il faudra encore un peu de temps pour qu’on le regarde tel quel, qu’on le considère comme un mouvement. Comme une posture dont la longévité excède déjà celle de l’impressionnisme ou du cubisme."

© Florence Millioud Henriques / Smash137 / Speerstra Gallery